Mais qu’est-ce qu’ont les blockbusters SF en ce moment ?

C’est le printemps, et je pourrais, comme vous pourriez commencer à en avoir l’habitude, à avoir mon avis sur les films Sci-Fi du moment. Simplement, voilà : côté série B, il n’y a pas grand-chose, en-dehors de Dans la brume qui me fait encore balancer entre le oui et le non ; côté blockbusters, j’ai vu des bandes-annonces, et franchement, je ne pense pas aller voir ce qu’on nous propose (du moins pas avant longtemps). Et ce pour des motifs simples, mais que j’aimerais développer dans cet article spécial, regroupant ces espèces de « proto-critiques ».

Un raccourci dans le temps, de Ava du Vernay

Bien évidemment, le film dont j’attends le moins est la production de Disney du moment : cherchant à enterrer jusqu’au souvenir même de ses dessins animés, l’usine à rêves et à produits dérivés en plastique décide subitement de raconter une histoire de jeunes enfants découvrant qu’ils peuvent se rendre n’importe où dans la galaxie. Soit. Que nous soyons en conséquence face à un film jeunesse, soit aussi. Le problème n’est pas là.

Pour autant que j’aie pu en voir les bande-annonces, le film tente de créer son univers, son esthétique, avec des paysages il est vrai magnifiques et des effets spéciaux impeccables. Le bât blesse quand le spectateur, à son désarroi, se rend compte qu’il n’a rien de réel. Certes, les prouesses graphiques sont incontestablement meilleures que celles de Valérian, mais comme le flop de Besson qui retentira encore longtemps dans les annales de l’histoire du 7e art, tout est TROP paradisiaque. Du machin extraterrestre ressemblant à M. Raie du Monde de Nemo avec un visage anthropomorphe gracieux aux planètes parsemées de champs et de palmiers, avec cette obsession pour une géométrie clean, des mondes impeccables et des visages siliconés, les décors s’efforcent d’être parfaits et les comédiens se noient sous les cosmétiques et des maquillages plus excentriques les uns que les autres.

En-dehors des plans que nous pouvons voir de la tempête sombre et chaotique, où est passé l’organique, si présent dans la science-fiction ? Et ça ne s’arrête pas là car visiblement le film ne semble pousser aucun parti pris jusqu’au bout : pourquoi vouloir démonter une vision ségrégationniste que l’on pourrait avoir de Disney en incorporant des acteurs afro-américains (ce qui est très bien), mais en cherchant parmi eux ceux à la peau la plus claire possible ? Pourquoi vouloir créer une histoire originale si on prend le canevas ô combien classique de l’enfant-qui-se-lance-dans-une-folle-aventure-pour-retrouver-son-père ? Si c’est ce dernier point qui vous intéresse tellement, achetez donc la VHS des Enfants du capitaine Grant, nanar inoubliable : pour ça, je peux vous garantir que vous n’aurez aucune déception.

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Ready Player One, de Steven Spielberg

Un film qui semble plus réussi selon les critiques, c’est Ready Player One, avec ses effets spéciaux spectaculaires, une critique de la société de consommation, ect. Mais je reste sceptique. Le long-métrage s’articule autour d’un univers virtuel créé pour oublier le vrai, thème éculé de la SF s’il en est. Et le fait qu’il soit une énième adaptation vient renforcer l’idée que le cinéma est à court d’idées.

Du reste, la bande-annonce nous balance tout sur l’univers aussi vite qu’une gamine de 14 ans sur Watttpad et il semblerait que les rebondissements ne diffèrent pas de l’accoutumée : jolies nanas, action, jolies nanas, révolte, baston finale, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Je prie pour que ce ne soit pas le cas.

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Solo : A Star Wars Story, de Ron Howard

Un spin-off de Star Wars sur notre personnage préféré était le bienvenu, d’autant plus que son absence de la saga depuis sa mort se faisait sentir. Simplement la parti pris de ce film me divise encore beaucoup. Préquelle superflue ou divertissement cinq étoiles, avec si possible un peu de réflexion ? À voir.

Le film révèle en effet dans sa bande-annonce un assombrissement de l’univers de Georges Lucas, que je ne peux que saluer : poussant jusqu’au bout la logique de l’épisode VIII qui atténuait le dualisme qui le caractérisait jusque-là, le film semble montrer les bas-fonds, la criminalité, l’inégalité, la violence, bref sans mauvais jeu de mots : le côté obscur. En ajoutant à cela une esthétique sombre et plus dure que d’habitude, une ambiance crue et entraînante à la fois.

Seulement voilà : assombrir quelque chose qui avait la notoriété d’être trop souriant, ça ne vous rappelle rien ? Mais si ! Le courant grim & gritty qui est survenu dans la fantasy par contestation envers la vision trop rose qu’offrait Tolkien du genre ! En voulant faire au maximum dans le réalisme et le pessimisme, on a certes pu accoucher de chefs-d’œuvre, mais aussi engendrer un côté voyeuriste, recherchant avant tout à montrer au public moutonnier des effusions de sang, des tortures, des personnages grossiers et estropiés, sans se soucier du fond d’aucune manière, donnant ainsi naissance également à de très mauvais livres. Et c’est ça que je crains : à vouloir renforcer la part d’ombre de Han Solo, on risque de voir disparaître le personnage qu’on aimait au profit d’un salaud sans charme ni fougue. Car que fait la bande-annonce, à part instaurer une tonalité plus sombre que d’ordinaire ? Elle n’innove en rien. Réfléchissez : les bas-fonds, on en avait déjà vus dans les épisodes II, IV, VI et VIII ; les monstres à tentacules, dans les VI et VII ; et en outre, pourquoi penser que Solo recherche un équipage alors qu’il s’en est toujours dispensé ? Bref, à trop rechercher un côté film d’action dirty, on risque de perdre le côté Star Wars ; à trop vouloir changer son âme, on risque de la perdre…

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Alita : Battle Angel, de Rubert Rodriguez

Alita… Y’a-t-il besoin de dire quoi que ce soit sur ce qui promet être un ersatz de cyberpunk, un actionner pour ados en puissance qui ne connaîtra son quart d’heure de gloire warholien que le temps d’un été pour retomber ensuite dans l’oubli, une adaptation de manga à la Ghost in the Shell dont les designers ont pensé qu’il était une meilleure idée de garder les yeux de chat de l’héroïne de la bande dessinée afin de bien montrer que c’est bien elle la gentille ? La bande-annonce dit tout : du trash robotique racoleur, des répliques aussi fades et prévisibles qu’un discours de présidentielle, une dénonciation du capitalisme sans profondeur comme si un gamin de cinq ans s’en était occupé… Le seul bon côté des choses, c’est que je passerais un moment jubilatoire en regardant le Capitaine du Nexus VI râler après sur YouTube.

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Bref, comme vous pouvez le constater, ces quatre films m’ont paru ou bien mauvais, ou bien médiocres, c’est pourquoi je pense que je ne regarderais pas Solo et Ready Player One au cinéma mais éventuellement dans quelques années, quant aux deux autres… Je fais d’office une croix dessus.

Si je fais ces observations, ce n’est pas pour pousser un énième coup de gueule sans intérêt ou moraliser gratuitement les scénaristes hollywoodiens, mais pour relever un problème précis : la SF serait-elle à court d’idées ? Je ne suis pas le seul à me faire cette réflexion : Les Cahiers du Cinéma ou Le Fossoyeur de Films, autant de personnes qui, quels que soient leurs opinions ou leur niveau de professionnalisme, voient bien que quelque chose ne tourne plus rond. Qu’on ait aimé ou non Blade Runner 2049, il était le seul film à nous proposer une réalisation singulière et à envisager l’avenir de manière intelligente et réaliste ; qu’on ait aimé ou non Star Wars VIII, il reste (et restera longtemps, j’en ai peur) le dernier space opera en date à nous offrir un sujet de réflexion. Et si le stock d’idées ne se renouvelle pas prochainement, alors nous pourrons vraiment envisager l’avenir du genre sous un angle pessimiste… ainsi que le notre, car désormais nous n’aurons plus aucun moyen de nous le figurer. Seul espoir pour cette année 2018 : Avatar 2, qui je l’espère poussera la barre plus haut que le premier film.

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