Blade Runner 2049 : C’est quand même autre chose que Valérian !

Il y a quelques semaines déjà, L’Obs avait annoncé avec pessimisme qu’Harrison Ford allait encore jouer dans une suite des films du temps de sa jeunesse, et concluait : « On n’échappe pas à sa légende, à un gros chèque non plus ». Sauf que voilà : le film en question est la suite de Blade Runner, et c’est Denis Villeneuve qui s’en occupe. Ce qui fait que lorsqu’ils vont voir le film, ils en font un article de trois pages en plus d’une critique excellente. Et moi qui me demande : Qu’est-ce que peut être ce fameux film ?

Me voilà donc qui me pointe dans un vieux cinéma de Saint-Étienne pop-corn en mains. Je suis au courant que le réalisateur a amélioré l’esthétique : l’éclairage bleu sombre et l’éclairage doré ont fait de la place à de petits nouveaux, en particulier orange et gris clair ; on s’éloigne du néo-noir, certes, mais on sublime l’esthétique. Je suis aussi au courant que certaines images (dont celle déjà culte de l’hologramme géant) donnent déjà à réfléchir autant que le premier film. Mais qu’est-ce que je sais de l’intrigue ? Pas grand-chose, mis à part qu’une certaine Réplicante aurait réussi à avoir un enfant… Et c’est ainsi que commence l’intrigue.

Autant prévenir tout de suite les jeunes, le tempo est lent, très lent. Mais autant ça peut se montrer pour ainsi dire un frein au film dans 2001 : L’odyssée de l’espace, autant là, ça créée une ambiance qui fait que l’on se retrouve, comme on pourrait dire, à fond dedans. Le fait est que la distribution n’a pas voulu couper un seul plan, et elle a vraiment bien fait. Soulignons par ailleurs la BO, un mélange de musique industrielle et peut-être d’un petit peu d’ambient, qui peut autant se montrer stridente et postmoderne qu’envelopper les scènes et les personnages.

L’intrigue, donc, change beaucoup du premier film tout en assurant sa continuité trente ans plus tard. Le climat s’est dégradé, l’élevage intensif est encore plus présent pour nourrir une population qui s’est encore agrandie : signalons en plus des personnes asiatiques de nombreux russes (ici appelés Soviétiques), noirs, ect. Il y a la montée des eaux. Les immeubles surpeuplés. La crasse, plus autant traitée que dans le premier film mais bien présente quand on constate que même le blanc des bureaux de police scientifique possède des jaunissements. C’est tellement réaliste que c’en est vertigineux. Ça réveille les consciences beaucoup plus qu’un cours sur le développement durable.

Autre apparition importante : celle des hologrammes cette fois-ci. Fichtre ! Comment peuvent-ils penser alors qu’ils sont immatériels ou bouger hors de leurs projecteurs ? Hélas, le film m’a un peu laissé sur ma faim de ce côté-là. Malgré tout, ça fait réfléchir. Le héros K a donc une femme holographique, Joy, qui fait tout ce qu’il veut sans être pour autant une parfaite andouille. Elle est humaine ; et pourtant elle est programmée pour l’aimer : est-ce qu’elle l’aimerait toujours si elle n’avait pas été conçue pour ça ? Et si ça devait arriver un jour ? On frôle la dystopie.

Et tiens, pendant qu’on y est, j’aimerais bien revenir sur la définition de « dystopie » : comme ça a une tendance fâcheuse à devenir un mot à la mode, je vous rappelle que NON, il ne suffit pas qu’il y ait un monde fortement inégalitaire pour que ce soit dystopique : il y a un élément de dictature qui peut sembler inconcevable et qui semble pourtant normal par les personnages, ou il s’agit d’un totalitarisme employant des moyens particulièrement omniprésents et dangereux pour convaincre la population, ect. Ici, nous sommes juste dans du cyberpunk ; et en même temps, la force que l’on ressent ! L’immensité des injustices quand on voit des océans d’ordures, des banlieues épouvantable, les bordels que l’on ne cache même plus, les écrans publicitaires partout, en 3D désormais ! C’est gigantesque, effarant. Quand je pense qu’ils ont créé tout ça quasiment sans effet numérique…

Mais je m’égare, je m’égare. Si vous avez plus de 12 ans (16 ans je dirais tout de même, d’une part parce que contrairement à certains censeurs je reste raisonnable dans les tranches d’âge, et d’une autre parce que les scènes de violence sont particulièrement brusques), allez voir ce film : il critique aussi bien notre société que le précédent, il pose des questions aussi métaphysiques que le précédents, il a un aussi bon scénario que le précédent, il est encore mieux fait que le précédent. Exit Star Wars, exit Valérian, là nous avons de la SF au-delà du divertissement, qui arrive à poser un univers certes sombre mais crédible de fond en comble et imminent. Que les comics essayent donc de faire ça avec leurs films d’action manichéens ! Si ce film n’est pas parfait (cf. le côté émotionnel parfois exacerbé, ou « la sénilisation » (dixit Les Cahiers du Cinéma) d’Harrison Ford), on peut en tout cas parler d’un ouvrage remarquablement beau. Mais déjà certains (un peu trop optimistes sans doute) commencent déjà à parler d’un nouveau Kubrick étant donné la qualité du précédent film de Villeneuve, Premiers Contacts. Ce que j’en pense, moi ? Restons mesurés. C’est un très bon film, certes, mais on ne va pas tout comparer non plus. Et que dire d’un hypopthétique troisième volet (la fin est ouverte, après tout), qui risquerait de devenir un film de guerre ? Et de son prochain film, rien de moins qu’une adaptation de Dune ? Comme dit le scénariste qui est un peu plus mitigé que nous critiques qui nous émerveillons devant ce long-métrage, attendons un peu et repensons-y dans dix ans…

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